Nos sens interdits – Estelle Every

Quand la perte d’un être cher rebat les cartes d’une famille entière, jusqu’où peut-on aller pour honorer sa mémoire ?

Dans Nos sens interdits, Estelle Every explore cette question à travers Julia, confrontée à une proposition aussi inattendue que troublante de la part de son beau-frère. Entre deuil, désir interdit et GPA, le roman promet une intrigue à la croisée de plusieurs thématiques sensibles.

Un postulat de départ intrigant… mais qui tient-il toutes ses promesses ?

Mon avis

Nos sens interdits d’Estelle Every explore la morale des relations intrafamiliales, mais je dois avouer ne pas avoir vraiment accroché. Le livre se lit facilement, l’histoire part d’un postulat intéressant, mais elle ne va pas assez loin. Le fil conducteur qui m’avait attirée vers ce roman, la GPA, passe finalement au second plan. Ce sont plutôt les sentiments que Julia et Conor éprouvent l’un pour l’autre qui prennent le dessus, avec leur lot d’allers-retours émotionnels dont j’ai fini par me lasser.

Au décès de sa sœur, Julia reçoit une proposition qu’elle juge indécente : son beau-frère Conor lui demande d’être mère porteuse. Avant l’accident, sa sœur et lui avaient entamé un parcours de FIV. Les embryons ayant survécu, Conor souhaite les faire implanter, pour garder une trace de sa femme disparue. Pour convaincre Julia, il l’invite à passer quelques semaines chez lui aux États-Unis, où la GPA est légale.

Julia se braque : accepter, c’est trahir sa sœur en portant l’enfant de son mari. Mais ce blocage cache surtout autre chose, les sentiments forts qu’elle éprouve pour Conor, et qui compliquent tout.

Ce qui manque au roman, c’est un véritable ancrage dans la réalité de la GPA. Julia ne s’interroge presque jamais sur la procédure elle-même : un seul rendez-vous chez la gynécologue suffit à l’autrice pour évacuer le sujet. En creux, on en apprend davantage sur la relation entre Conor et sa défunte femme, ce qui n’est peut-être pas plus mal si l’histoire venait à ne pas aboutir.

Ces allers-retours émotionnels, justement, m’ont fini par lasser. Après chaque rapport, Julia et Conor font comme si rien ne s’était passé, lui se réfugiant dans le travail. Dans le même temps, même absent, il continue de lui interdire de sortir seule se promener. Cette contradiction entre la distance affichée et le contrôle exercé traduit bien le mal-être de Conor, mais à la longue, elle tourne en rond.

En arrière-plan se noue une intrigue plus sombre : Julia découvre enfin pourquoi sa sœur s’était éloignée si brutalement de la famille, ne donnant que peu de nouvelles pendant près de dix ans. Sans trop en dévoiler, cette révélation touche à des violences vécues dans l’adolescence, et sa mère n’a eu d’autre choix que de la faire partir pour protéger Julia à son tour. Cette blessure ancienne aura des répercussions directes sur la relation entre Julia et Conor.

Si Conor paraît d’abord froid et distant, il se révèle peu à peu plus touchant qu’il n’y paraît. J’ai particulièrement aimé les passages sur sa relation avec ses parents, et son désir sincère de fonder une famille à l’image de celle qu’il a connue.

Le tome suivant donnerait le point de vue de Conor sur cette histoire. Cela pourrait offrir un éclairage différent et peut-être compenser certaines frustrations ressenties dans ce premier tome.

Bibliographie

  • Autrice : Estelle Every
  • Édition : Auto
  • Année de parution : 2021

Aide à la relecture et structure : mammouth.ai

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