
The Drama, un film malaisant sur les secrets d’un passé qui refont surface, et la question de ce que l’amour peut traverser.
Synopsis
Emma et Charlie s’apprêtent à se marier. À quelques jours du mariage, lors d’un dîner avec leurs témoins respectifs — Mike pour Charlie, Rachel pour Emma —, la conversation dérape vers une sorte de jeu de confessions : chacun révèle le pire acte qu’il ait jamais commis.
Quand vient le tour d’Emma, sa révélation fait l’effet d’une bombe. Charlie se retrouve face à une femme qu’il croyait connaître. Rachel, elle, ne décolère pas — et va tout faire pour attiser le doute.
À quelques jours d’un mariage censé être une célébration, le couple se retrouve à devoir répondre à une question autrement plus vertigineuse : peut-on aimer quelqu’un dont on ne connaissait pas le passé ?
Mon avis
⚠️ Attention : la suite contient des éléments susceptibles de révéler certains aspects du film.
The Drama est un film qui met mal à l’aise. Et c’est probablement voulu. Mais ce malaise ne vient pas tant de la révélation d’Emma que de la réaction des autres.
Le couple Charlie et Emma
Le film commence avec Charlie qui rédige le discours pour son mariage. Il revient alors sur sa rencontre avec Emma. Tout commence dans un café. Charlie aperçoit Emma, profite d’une absence pour photographier le livre qu’elle lit, fait une recherche rapide, puis l’aborde en prétendant l’avoir lu. Emma, sourde d’une oreille, un écouteur dans l’autre, ne l’entend pas. Il est gauche, maladroit, visiblement peu à l’aise. Ce premier contact dit déjà quelque chose : une manipulation anodine, presque touchante dans sa gaucherie, mais une manipulation quand même.
Le secret d’Emma (attention spoiler)
Une semaine avant le mariage, lors d’un dîner bien arrosé, un jeu s’installe : dire le pire acte de sa vie. Emma y est entraînée, presque forcée par la dynamique du groupe. Elle révèle alors qu’adolescente, elle avait planifié une fusillade dans son lycée. Un acte qui n’a jamais eu lieu — le destin, ou son propre cheminement, en a décidé autrement. Elle a évolué, reconnu ses erreurs, milité depuis contre les armes à feu.
Ce qui me met mal à l’aise, c’est le traitement de cette révélation. Emma est jugée pour une intention, pour un acte non commis. Pendant ce temps, personne ne semble vraiment s’attarder sur ce qui a été fait, concrètement, ce soir-là : un enfant enfermé seul dans un endroit sombre, isolé, en pleine forêt. Il s’en est sorti. Mais à quel prix ? Ce geste-là, réel, accompli, est presque banalisé. L’autre, virtuel, cristallise toute la condamnation.
Le harcèlement et les armes à feu
Pour moi, le film perd pied dans son traitement de la responsabilité. Emma est jugée pour un acte qu’elle n’a pas commis — et qu’elle n’a finalement pas commis, pour des raisons indépendantes de sa volonté.
Le harcèlement qu’elle a subi est montré lorsqu’elle tente d’expliquer à Charlie : des mots, des bousculades, la violence ordinaire du lycée. On comprend comment une adolescente peut se retrouver à envisager l’impensable. Mais le film n’y revient pas vraiment — seul Charlie esquisse une tentative de reconnaissance. Or ignorer la cause pour ne juger que la réaction, c’est passer à côté de l’essentiel. Cela n’excuse rien. C’est précisément ce type de violence — répétée, banalisée — qui pousse à des pensées aussi extrêmes qu’une fusillade, un suicide, une disparition.
Ce qui est intéressant — et traité trop vite — c’est le retournement : une autre fusillade, réelle celle-là, lui fait comprendre l’horreur de ce qu’elle avait projeté. Elle devient militante contre les armes à feu. Le film aurait pu s’y attarder davantage.
En revanche, l’acte qui a réellement eu lieu — enfermer un enfant seul, la nuit, dans un endroit isolé — est à peine effleuré. Pas de conséquences visibles, pas un mot sur le traumatisme que cela représente pour la victime. Comme si la menace d’un geste primait sur le geste lui-même.
Les armes à feu, justement. Leur présence dans le film est presque anecdotique — comme elles semblent l’être dans ce pays. Ce qui est glaçant, ce n’est pas une scène de violence en particulier, mais cette normalisation tranquille, à peine commentée. Charlie le dit lui-même, face à l’intransigeance de Rachel : rien ne dit que chaque personne croisée dans la rue n’a pas, un jour, envisagé ce geste. Une banalité assumée, presque philosophique — et c’est précisément ça qui dérange.
Je me demande comment ce sujet est perçu par un public américain. Ma perception d’Européenne doit certainement diverger — cette normalisation des armes, je la regarde de l’extérieur, avec l’étrangeté de quelqu’un qui n’a pas grandi avec elle.
La maltraitance dans le couple ?
Je mets un point d’interrogation dans ce sous-titre. En effet, la manière dont Misha, la collègue de Charlie, se retourne pour offrir son corps à cet homme stressé, frustré, perdu, m’a profondément mise mal à l’aise. Cela m’a donné l’impression que ce ‘consentement’ est un comportement appris, intégré : une façon de répondre à la violence d’un homme parce que c’est ce qu’on a toujours fait. Cela donne cette impression d’autant plus que Misha avait décrit quelques instant plut tôt son compagnon dans ce sens. Est-ce vraiment un consentement quand il est conditionné, presque pavlovien ? Le film montre sans poser de question. Cela peut avoir un double sens selon le point de vue.
En conclusion
The Drama laisse un sentiment diffus, difficile à secouer. Le jeu des acteurs y est pour beaucoup. Ils font passer ce malaise, qui le rendent presque physique.
Le film pose des questions sans y répondre, ce qui est probablement son intention. Peut-on continuer à aimer quelqu’un quand on découvre un pan de son passé qu’on aurait préféré ignorer ? Est-ce que connaître vraiment l’autre renforce l’amour, ou le fragilise ?
La mise en scène contribue à cet inconfort. Le réalisateur brouille volontairement les frontières entre le présent et l’imaginaire des personnages, au point qu’on ne sait plus toujours où on est. C’est déroutant , parfois trop. Mais c’est cohérent avec un film qui refuse de rendre les choses nettes.
Fiche technique
- Titre original : The Drama
- Réalisation : Kristoffer Borgli
- Durée : 1h45
- Sortie en France : 1er avril 2026
- Genre : Drame, romance
- Avec : Zendaya (Emma Harwood), Robert Pattinson (Charlie Thompson), Alana Haim (Rachel), Mamoudou Athie (Mike), Zoë Winters (Frances)
Références
- 🔗 https://www.rollingstone.fr/the-drama-critique-zendaya-pattinson/
- 🔗 https://www.senscritique.com/film/the_drama/97245735
- 🔗 https://www.ecranlarge.com/films/critique/the-drama-critique-qui-les-declare-mari-et-infame
Aide à la relecture et structure : mammouth.ai