Le Grand Dauphin, fils de roi, père de roi et jamais roi

Lors de notre visite du château de Versailles, nous avons profité de l’occasion pour découvrir l’exposition consacrée au Grand Dauphin, fils de roi, père de roi et jamais roi.

Ce qui m’a immédiatement plu, c’est justement mon ignorance sur ce personnage. Incapable de situer clairement son rôle, sa vie ou même sa place exacte dans la généalogie royale, cette exposition est vite devenue une véritable découverte.

Cette entrée progressive dans l’histoire donne envie de mieux comprendre qui était réellement cet héritier dont la postérité a surtout retenu ce qu’il n’a jamais été.

Un prince destiné à régner… mais jamais roi

L’exposition retrace le parcours singulier de Louis de France, héritier direct de Louis XIV, élevé toute sa vie dans l’ombre du trône.

Né en 1661, Louis est le fils aîné de Louis XIV et de Marie‑Thérèse d’Autriche. Seul enfant légitime du couple à atteindre l’âge adulte, il est connu de son vivant sous le nom de Monseigneur. En tant qu’héritier du trône de France, il porte le titre de dauphin, appellation réservée depuis le Moyen Âge au successeur du roi.

embleme héraldique du grand dauphin. Fond azur. Fleurs de lys et Dauphin couronné
Emplème héraldique

Ce statut se reconnaît notamment à son emblème héraldique, le dauphin, représenté de manière réaliste ou stylisée — un motif que l’exposition met largement en avant, images à l’appui.

Les historiens le désignent aujourd’hui sous le nom de Grand Dauphin, une appellation posthume, destinée à le distinguer de son fils, également dauphin, et de son petit‑fils, le futur Louis XV.

Deuxième personnage du royaume après le souverain, il incarne à lui seul la continuité dynastique. Tout est donc mis en œuvre dès son enfance pour former et protéger celui qui doit assurer l’avenir de la monarchie. Un destin tout tracé, pour un règne qui n’aura pourtant jamais lieu.

Une éducation sans légèreté

Cette position exceptionnelle implique une formation rigoureuse.

Page de garde des Mémoires de Louis XIV, écrit par lui-même. Seconde partie
Page de garde des Mémoires de Louis XIV, écrit par lui-même

Extraits des Mémoires de Louis XIV adressés à son fils, textes de Bossuet, son précepteur, tableaux de peintres contemporains, jeux pour apprendre l’héraldique et les emblèmes, mathématiques, tout rappelle l’ampleur de ce qu’il devait apprendre.

À lire cette accumulation de savoirs et d’exigences, on imagine sans peine qu’il ne devait pas jouer très souvent.

Cette éducation ne se limite pas aux lettres et à la morale. Comme tout héritier du trône, Louis reçoit également une formation militaire stricte et accompagne son père lors de campagnes et de sièges, sans pour autant s’y illustrer particulièrement.

Héritier d’Espagne, collectionneur par goût

Par sa mère, Marie‑Thérèse d’Autriche, Monseigneur est aussi héritier potentiel du trône d’Espagne. Ce sera finalement son second fils, le duc d’Anjou, qui deviendra Philippe V après la guerre de Succession d’Espagne, fondant une dynastie encore régnante aujourd’hui.

Peu enclin aux exploits militaires, Louis affirme en revanche un goût marqué pour les arts et les objets précieux. L’exposition présente ainsi meubles, vases, bijoux et peintures qu’il acquiert tout au long de sa vie, témoignant d’un choix réfléchi et d’un sens aigu de la représentation.

Plusieurs photos : meuble en marqueterie, vase, statuette en bronze, portrait de Louis de France.

Meudon, son refuge préféré

Ce goût pour les arts trouve un cadre privilégié dans un lieu qui lui est cher : le château de Meudon.
Plusieurs salles de l’exposition sont consacrées à ce domaine aujourd’hui disparu.

Offert par Louis XIV, ce château, anciennement propriété de Louvois, est situé plus près de Versailles que d’autres résidences royales. Suffisamment proche pour que le Roi‑Soleil garde un œil sur son fils, sans doute.

Vue du château de Meudon du côté de l’entrée, Aveline, vers 1710. (c) Musée d’art et d’histoire de Meudon

Mais Meudon devient surtout la résidence favorite du Grand Dauphin, qu’il embellit et transforme jusqu’à sa mort. Un refuge personnel, loin du protocole écrasant de la cour.

Une disparition prématurée et un oubli rapide

Le Grand Dauphin meurt de la variole en 1711, à Meudon. Son fils ainé et son petit-fils le suivent dans la mort, l’année suivante.

N’ayant jamais régné, il tombe rapidement dans l’oubli, éclipsé par la figure écrasante de Louis XIV et par le règne à venir de Louis XV.

L’exposition permet ainsi de redonner une place à ce personnage discret, longtemps resté en marge du récit royal.

Portrait de famille : Louis de France entouré de sa femme, Marie-Anne de Bavière et de leurs trois enfants : le duc de Bourgogne, le duc d'Anjou (futur Philippe V d'Espagne) et le duc de Berry
Louis de France entouré de sa femme, Marie-Anne de Bavière et de leurs trois enfants : le duc de Bourgogne, le duc d’Anjou (futur Philippe V d’Espagne) et le duc de Berry

Exposition temporaire jusqu’au 15 février, accessible avec un billet château.

Parcours audio disponible sur l’application Château de Versailles.

Quelques sites à explorer

🔗 Site de Versailles : https://www.chateauversailles.fr/actualites/expositions/grand-dauphin-1661-1711-fils-roi-pere-roi-jamais-roi

🔗 Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_de_France_(1661-1711)

Aide à la relecture et structure : mammouth.ai

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