Les jardins du château de Versailles

Contre plongée vers le chateau de Versailles à partir du bassin du Char d'Apollon.

Visiter les jardins de Versailles dans les derniers jours d’octobre, à quelques jours de leur fermeture annuelle, ne rend pas justice à la beauté du lieu.

Nous en avons eu un premier aperçu dès le matin, le jour de notre visite du château. La voiture étant garée du côté du bassin du Char d’Apollon, le soleil, encore discret, éclairait le canal et offrait déjà une première vue de l’ensemble.

Ce n’est que dans l’après‑midi que nous avons réellement parcouru les jardins, en sachant que, ce jour‑là, ils fermaient à 17 h 30.

La réalisation des jardins, confiée à André Le Nôtre dès 1661, s’est étendue sur près de quarante ans. Pensés comme un prolongement du château, ils reposent sur une maîtrise spectaculaire de l’eau et de la perspective.

🔗 André Le Nôtre

L’eau, au cœur des jardins

À l’époque de Louis XIV, l’alimentation en eau des bassins et des fontaines reposait sur un système d’une extrême complexité. Les eaux provenaient d’abord d’un vaste réseau d’étangs artificiels aménagés autour de Versailles, puis étaient acheminées par des rigoles et des aqueducs. À partir des années 1680, la Machine de Marly vint compléter ce dispositif en pompant l’eau de la Seine, afin de répondre aux besoins croissants des jardins.

🔗 Machinerie de Marly

Des vannes permettaient de moduler la pression et la hauteur des jets, transformant les jeux d’eau en véritable mise en scène. Aujourd’hui, pour des raisons d’économie et de préservation, l’eau circule en circuit fermé : elle est recyclée à partir du Grand Canal, et les fontaines ne s’animent plus qu’à intervalles réguliers, notamment lors des Grandes Eaux.

Lors de notre déambulation, nous avons pu découvrir cet art hydraulique en trois endroits. Nous avons eu la chance d’assister, en début de parcours, à un jet musical complet au bassin du Miroir, rythmé par les musiques de Haendel et de Blamont, donnant le sentiment fugace d’une certaine magie.

🎥 Jeu d’eau et de musique du bassin du miroir

Au bosquet du Théâtre d’eau, seule la musique accompagnait le parcours, tandis qu’au bassin de Neptune, les jets se déployaient sans accompagnement sonore. En fin de journée, alors que la fatigue se faisait sentir et que le parcours touchait à sa fin, ce décalage dans ce bassin a laissé l’impression d’une conclusion manquée.

🎥 Jeu au bassin de Neptune

L’Orangerie

Guidée par le parcours de l’application, nous avons d’abord découvert le parterre de l’Orangerie. Les grandes portes étant ouvertes, nous y avons jeté un œil, attirées par l’alignement des orangers en caisses.

En montant quelques marches à l’intérieur, une vasque monolithe octogonale en marbre attire l’attention. Réalisée en 1674, elle se trouvait à l’origine dans le château. Son usage exact reste incertain : certains évoquent un possible pédiluve, utilisé après les parties de chasse.

Cet objet a connu plusieurs emplacements avant de trouver sa place dans l’Orangerie. Plus qu’un vestige spectaculaire, il témoigne de ces éléments décoratifs que l’on déplaçait et réutilisait, au gré des transformations constantes des jardins.

4 photos : l'orangerie vue du parterre Sud, un couloir intérieur, parterre de l'orangerie, vasque

Une invitation à danser

Toujours guidées par l’application, trois lieux du jardin proposent de se prêter au jeu d’une danse virtuelle, vêtue d’un costume d’époque.

Au bassin de Latone, le costume était celui de Louis XIV en 1653, lorsqu’il apparaît en Apollon dans le Ballet royal de la Nuit. Au bosquet du Théâtre d’eau et à la Salle de bal, avec l’amphithéâtre en décor, j’étais habillée d’un costume inspiré du règne d’Henri IV. À l’Orangerie, en revanche, je n’avais pas connaissance de cette expérience au moment de la visite. Le costume proposé faisait alors référence au bal masqué.

🎥 Extrait d’une danse costumée

Une expérience amusante, à condition de ne pas avoir peur du ridicule. Cela aide, il faut bien l’avouer, lorsqu’il n’y a personne autour pour tenter de reproduire les pas indiqués sur l’écran du téléphone.

Un jardin de symboles

Chaque statue a une signification, aucune n’est placée là par hasard.

Les quatre bassins des Saisons – Flore, Cérès, Bacchus et Saturne – aménagés dans les années 1670 aux carrefours des principales allées, en sont un bon exemple.

Chacun incarne à la fois une saison et une divinité romaine liée à la fécondité et aux récoltes. Il est possible d’en avoir une vue d’ensemble depuis le point de vue du Roi, au pied du Tapis vert, entre le bassin de Latone et l’entrée de l’Allée royale, aussi appelée Grande Perspective.

Les termes – noms donnés aux sculptures qui marquent la limite des jardins, visibles dans le bosquet de la Girandole – proviennent quant à eux de Vaux‑le‑Vicomte. Ils furent acquis en 1683, lors d’une vente aux enchères organisée par les héritiers désargentés de Nicolas Fouquet.

Les sculptures des Bains d’Apollon, dont il est aujourd’hui impossible de s’approcher pour des raisons de sécurité, sont des copies. Les originaux sont conservés à l’intérieur du château, non loin de la chapelle, où nous avions pu les observer de près.

Sans oublier, bien sûr, le char d’Apollon resplendissant au soleil, ni le bassin de Neptune du XVIIIᵉ siècle, imposant par la force de sa sculpture. Le titan enfoui au cœur du bosquet de l’Encelade retient lui aussi l’attention, tout comme le bassin de Latone, remanié sous Le Nôtre puis Hardouin‑Mansart.

L’enlèvement de Proserpine se déploie au centre du bosquet de la Colonnade, entouré de ses trente‑deux colonnes ioniques en marbre blanc et rose.

Les terrasses des Trois‑Fontaines, hélas, étaient privées d’eau ce jour‑là, laissant leur architecture sans l’éclat qu’elle mérite.

Conclusion

Notre déambulation nous mène, en fin de journée, jusqu’au snack du bosquet du Dauphin, où nous nous restaurons sur le pouce avec les dernières crêpes encore disponibles.

Nous quittons Versailles fourbues par tant de marche, les yeux fatigués par tant de beauté, l’esprit habité par la magnificence des lieux – par l’architecture, par les hommes qui ont œuvré à sa mise en place, et par celui qui en fut l’instigateur, parfois au mépris de son peuple, tant les coûts engagés furent élevés.

Toutefois, notre séjour à Versailles n’est pas terminé. Le lendemain, nous avons poursuivi la visite au domaine de Trianon. Mais cela fera l’objet d’un autre article.

Informations pratiques

L’accès aux jardins est payant ou gratuit selon la période et les journées de Grandes Eaux. Il est préférable de se renseigner avant la visite.

L’accès donne droit à deux entrées pour la même personne le jour même. Cela s’est révélé pratique et rassurant pour nous, puisque nous avons dû faire valider notre entrée le matin uniquement afin d’accéder au château depuis le parking.

Notes bibliographiques

📘 Jacquet, Nicolas, Versailles secret et insolite. Le château, ses jardins et la ville, Paris, Parigramme, collection Guides illustrés, 2011, 203 pages. ISBN : 978‑2‑84096‑664‑7
🔗 Château de Versailles — site officiel

Aide à la relecture et structure : mammouth.ai

Partagez

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *